La dengue est devenue ces dernières années une préoccupation pour la santé publique internationale. Elle sévit dans les régions tropicales et subtropicales avec une prédilection pour les zones urbaines.
Mentionné à Zanzibar en 1823, le terme dengue dériverait du swahili denga pepo (épisodes de tétanie provoqués par un esprit maléfique) pour décrire les crampes douloureuses caractéristiques de l’affection. Auparavant, le terme breakbone fever fut employé dés 1789 par un médecin de Philadelphie pour décrire les symptômes de cette maladie qui a été également surnommée dandy fever en raison de l’allure guindée et raide des patients atteints (denguero en espagnol veut d’ailleurs dire guindé).
Le virus de la Dengue est un Flavivirus étroitement apparenté aux virus de la fièvre jaune et de l’encéphalite japonaise ainsi qu’à d’autres arbovirus dont la majorité ne cause que rarement des maladies chez l’homme.
Il existe 4 sérotypes viraux : « DEN-1, 2, 3, 4 ». L’infection par une de ces souches ne protège pas d’une infection par les 3 autres. L’infection par un second virus accroîtrait le risque de maladie plus grave avec complication hémorragique. Le virus est transmis à l’homme par un moustique nommé « Aedes ». Les principales espèces incriminés sont Aedes aegypti et Aedes albopictus. Contrairement à l’anophèle qui pique la nuit, Aedes a une activité maximale en fin d’après-midi.
Cliniquement, la dengue peut se présenter sous des formes inapparentes, des formes bénignes (syndrome fébrile bénin), sous la forme d’une maladie incapacitante brutale avec fièvre, céphalées, éruption, douleurs rétro-orbitaires ....mais d’évolution favorable en une dizaine de jours et des formes hémorragiques parfois mortelles.
Le diagnostic biologique se fait par la recherche d’IgM spécifiques, l’isolement du virus ou PCR.
La prévalence de la dengue progresse de façon spectaculaire depuis quelques décennies. Elle est désormais endémique dans plus de 100 pays d’Afrique, des Amériques, de la Méditerranée orientale, de l’Asie du Sud-Est et du Pacifique occidental. Ces deux dernières régions sont les plus affectées.
Avant 1970, seuls 9 pays avaient connu des épidémies de dengue hémorragique ; en 2001, 50 pays sont désormais concernés. Environ 2,5 milliards de personnes, soit 2/5 de la population mondiale, sont désormais exposées au risque. Selon les estimations actuelles de l’OMS, il pourrait y avoir chaque année dans le monde 50 millions de cas de dengue.
En 2001, il y a eu plus de 600 000 cas de dengue dans les Amériques, dont 15 000 cas de dengue hémorragique, soit plus du double de 1995. Des flambées épidémiques explosives surviennent désormais. C’est ainsi qu’en 2001, le Brésil a notifié plus de 390 000 cas, dont au moins un millier de dengue hémorragique.
On attribue la propagation de la dengue à l’extension de l’aire de distribution géographique des 4 types de virus et de leurs moustiques vecteurs, dont le plus important est Aedes aegypti. La croissance rapide des populations urbaines amène au contact du moustique vecteur un nombre toujours plus grand de personnes, notamment dans des zones favorables à la prolifération des moustiques, par exemple là où les ménages conservent leur eau et où l’évacuation des déchets est insuffisante.
A l’heure actuelle le seul moyen de prévenir ou de combattre la dengue est de détruire le moustique vecteur.
Le dispositif de surveillance est adapté au risque vectoriel. Il comporte la Déclaration Obligatoire des infections confirmées à virus dengue dans les départements du territoire métropolitain et la Réunion depuis 2006.
Dans certains départements où l’implantation du vecteur est avérée (Alpes-Maritimes et Haute-Corse), un système d’identification précoce des cas importés ou autochtones s’est mis en place en 2006.
Les départements français d’Amérique (région Antilles-Guyane) sont des zones de circulation endémo-épidémique de la dengue. Ils ne sont donc pas soumis au système de la déclaration obligatoire de la dengue et bénéficient d’un système de surveillance spécifique à chaque département.
Sources :
OMS. Aide mémoire N° 117 avril 2002
InVS
JN. Giroux. Rev du prat. Tome 17, n° 616 du 26 mai 2003, p783-6
Site Internet de l’OMS DengueNet
Historique
A la Réunion, une épidémie de type 2 a été identifiée en 1977-1978 et aurait affecté le tiers de la population . [1]
Depuis cette date, jusqu’en 2004, aucune information n’était disponible sur la circulation du virus. En 2004, grâce au Réseau Sentinelle, une épidémie de dengue de type 2 a pu être identifiée et des mesures de lutte contre la propagation de la maladie ont pu être mises en place. [2].
Objectifs
En phase inter épidémique : l’objectif est de détecter précocement des cas de dengue et de confirmer sans délai qu’il s’agit bien de dengue. L’identification du virus est donc impérative compte tenu du caractère très peu spécifique des signes cliniques de la dengue. La survenue de plusieurs cas confirmés, groupés dans le temps doit conduire à déclencher un signal d’alerte.
En phase épidémique : l’objectif est de suivre l’évolution de l’épidémie, de caractériser les cas et de décrire les formes cliniques dans le but d’orienter et d’adapter les mesures de lutte. En pratique la surveillance doit permettre, durant la phase épidémique, d’identifier rapidement les nouveaux foyers de transmission du virus afin que les mesures de lutte, qui reposent pour l’essentiel sur l’élimination ou la limitation des gîtes larvaires (et donc pour une grande part sur l’éducation sanitaire de la population) puissent être ciblées et mises en œuvre sans délai par les services de la DRASS et leurs relais sur le terrain.
Définition des cas de dengue
Cas suspects : Fièvre élevée à début brutal ≥38,5°C ET syndrome algique (céphalées et/ou arthralgies/myalgies) ET absence de tout autre point d’appel infectieux (ORL, respiratoire), éventuellement signes cutanés ou digestifs.
Cas confirmés : tout cas de dengue (importé ou autochtone) défini par la mise en évidence d’une fièvre supérieure à 38,5°C d’apparition brutale évoluant depuis moins de 7 jours, en l’absence de tout point d’appel infectieux, ET au moins un signe algique (céphalées, arthralgies, myalgies, lombalgies, douleur rétro-orbitaire) ET d’une confirmation biologique (IgM positives ou RT-PCR positive ou isolement viral).
Surveillance clinique
Depuis la mise en place de la Déclaration Obligatoire des cas confirmés, il n’y a plus de surveillance des cas suspects par les médecins du Réseau.
Surveillance biologique
En cas de suspicion de dengue, les médecins doivent prescrire ou réaliser eux-mêmes un prélèvement sanguin à visée diagnostique.